HOLY FAMILY CATHOLIC CHURCH
50 HSIN SHENG SOUTH RD., SECT. 2
TAIPEI. TAIWAN•106 R. O. C.

TEL: (02) 3212444•5 3511140                                                                                                           

Taipei, le 13 Juin 1989

 

L'insertion sociale et la préservation de la culture vietnamienne
dans les pays  d'accueil du refugié vietnamien

Le thème de "l'insertion sociale et de la préservation de la culture vietnamienne dans les pays d'accueil du refugié vietnamien" pose de difficiles et délicates questions.

L'énoncé de ce thème indique déjà le conflit à résoudre. Bornons nous à considérer le cas du réfugié ou de l'immigrant qui a définitivement quitté son pays pour prendre racine dans un autre pays. On peut donner comme exemple type celui des Etats-Unis formés d' une multitude de nations diverses qui se sont fondues harmonieusement dans une méme mentalité et culture, dans une sorte de commune "idéologie" l’"American way of life".

Que le réfugié, à son arrivée dans un pays inconnu, se heurte d'abord à un conflit, c'est sans doute un phénomène psychologique inévitable : c'est le choc de deux cultures et de deux civilisations parfois complètement différentes. langue; littérature, histoire, milieu ambiant, habitudes ancestrales, tout differt. Or, le nouvel arrivant est légitimement attaché aux valeurs de son propre pays. Il considère comme un devoir sacré de les préserver. Les pays d'Asie Orientale, en particulier, où le culte des Ancétres est si profondétnent enraciné dans l’esprit, la mentalité et les moeurs, sont particulièrement sensibles à ce problème.

Pourtant, il y a une pretrtière erreur à éviter : le réfugié ne doit pas se proposer de créer un Etat dans l'Etat. Ce serait manquer de loyauté à l'égard du pays d'accueil. Ce serait aussi, comme l'enseignl l'histoire, courir au devant d' un échec.

Donc, répétons-le, l'insertion sociale doit se faire en toute sincérité : le réfugié doit accepter les conditions de l'accueil, accepter de devenir un citoyen sans réticence de son nouveau pays, en apprendre la langue, en comprendre l'histoire et la culture, en connaltre la littérature rationale, accepter de consacrer ses forces au bien commun, au service et au développement de son nouveau milieu ambiant.

Est-ce à dire qu'il doit abandonner sa propre culture d'origine ? Nullement. Il y a là un autre devoir, qui doit se concilier avec le premier. Il ne peut etre question pour aucun homme de renier ses racines et ses origines. Le refugié vietnamien devra donc s'efforcer de conserver sa langue, sa littérature, son folklore, la connaissaince de son histoire. Le lieu privilégié de cette fidélité au passé sera d'abord la famille, où les enfants garderont le contact avec l'essence de leur patrimoine, apprendront leur propre langue, l'histoire de leur pays, les vertus de leur race.

Il sera légitime aussi que se forment entre réfugiés des Associations ou Comités culturels, où les valeurs vietnamiennes seront préservées et cultivées contre l'oubli et l'usure du temps.

Mais alors le réfugié vietnamien doit-il devenir l'homme de deux cultures, le citoyen de deux pays ? Oui, sans doute, et, au fond, il peut trouver dans cette situation un elargissement de ses vues, une plus large compréhension du monde, un enrichissement de sa personnalite. Il fait face à une double obligation : préserver sa propre culture, et, en même temps, s'insérer dans une société nouvelle où il doit aussi apporter sa contribution et mettre ses forces et ses talents au service du bien commun.

Finalement, après sans doute une première période difficile d'adaptation et de recherche, il pourra se dire - à condition d'agir et de se comporter dans cette nouvelle situation avec énergie, optimisme, courage et dynamisme - que la vie lui a donné une double richesse culturelle, une double perspective sur le monde et qu'il trouve, dans cette constatation, l'aspect positif et créateur des dures épreuves qui l'ont forcé de quitter la terre de ses Ancêtres.

 

Jacques de Leffe, S.J.
Attaché à la Nonciature Apostolique en Chine

 

    Back to Magazine Page One